Loi Fin de Vie : le cri d'alarme d'un médecin face à une rupture anthropologique destructrice
Après des années de souffrance mon amie Anne attend la mort comme une délivrance
Ma femme et moi sommes allés visiter Anne, amie, 80 ans, en unité de soins palliatifs depuis 72 heures. Auparavant, j’avais eu avec elle plusieurs échanges par téléphone puis par sms alors qu’elle avait été hospitalisée dans un service de spécialité. A ce moment, elle arrivait au bout d’une pathologie chronique débutée dans l’enfance qui lui avait fait parcourir un vrai chemin de croix depuis quelques années. Elle était maintenant en bout de course, et ne demandait qu’une chose c’est que le Seigneur l’emporte, dans un contexte de souffrance corporelle, psychique et spirituelle insupportable qui m’avait fait m’exclamer en présence de ma femme « mais elle relève maintenant d’une sédation* ! ».
Elle avait peur des soins palliatifs
Deux semaines auparavant je lui avais dit de demander au service dans lequel elle était hospitalisée de déclencher le passage des soins palliatifs. Elle y était réticente : « Je ne veux pas mourir dans les soins palliatifs ». Quelques jours plus tard, je lui adressais ce sms : « Anne, s’il vous plaît, redemandez-leur de contacter les soins palliatifs : c’est LA clef pour vous soulager dans tous les sens du terme. ». Finalement, suite au passage de l’Équipe Mobile de Soins Palliatifs, elle a été transférée dans une Unité de Soins Palliatifs, et voici le SMS qu’elle m’a envoyé suite à ce transfert :
Le SMS d’Anne : une révélation et un soulagement
« Mes amis : voulez vous être attendu, accueilli comme un proche qu’on aime, qu’on est heureux de recevoir, empressé de l’installer au mieux, lui faire choisir tout ce qu’il veut pour être bien, « confortable » ? C’est le mot le plus employé ici. Venez au Service des Soins Palliatifs ! Incroyable : un autre univers : sourires « vrais », regards francs, attentions délicates, langage bienveillant… Vous avez l’ impression d’être : La Personne…pour laquelle tout est fait… Je suis et reste : ahurie. Je me demande encore si je ne suis pas en train de rêver ? Et pour les gourmands : on mange quand et si l’ on veut. Depuis cette arrivée (c’est pourquoi je me demande si je ne rêve pas !)…je dors , je dors, je dors ! Des bises joyeuses à chacun. »
Un conseil vital : osez demander de l’aide
Pourquoi est-ce que je vous raconte cela ? En premier pour qu’aucun d’entre vous n’hésite à contacter l’équipe mobile de Soins Palliatifs dont vous dépendez, en téléphonant simplement à l’accueil de l’hôpital concerné et en demandant la secrétaire de l’EMSP. Facile, non ? Faites-le pour vous ou pour l’un de vos proches, si vous vous sentez abandonné, s’il existe une souffrance psychique et, ou morale qui devient insupportable, dans le contexte d’une pathologie grave et évoluée.
La menace de l’euthanasie : une rupture anthropologique destructice
En deuxième lieu, connaissez-vous cette loi sur « Le droit à l’Aide à Mourir » qui pourrait être votée dans les semaines qui viennent ? Avez-vous réfléchi aux conséquences que cela pourrait avoir sur le fonctionnement des soins palliatifs, et de la médecine en général ? Comment va-t’on, peut-on gérer les conflits éthiques qui vont se produire au sein des équipes ? Ce que nous savons, c’est qu’en Espagne cela a été catastrophique avec des divisions internes insolubles. Et dans ces situations, ce sont le plus souvent les meilleurs qui s’en vont et les pires qui prennent le pouvoir. Assez de mots, leur prétendue aide à mourir, cela s’appelle en vérité l’euthanasie. Cela veut dire que nous allons bientôt tuer ou permettre de tuer nos proches, et même que nous allons le leur proposer, comble de la perversité. Nous allons vivre la rupture d’un barrage anthropologique, suivi d’un tsunami dévastateur, fait de n’importe quoi, certainement parfois avec du meilleur mais statistiquement anecdotique.
L’urgence spirituelle et politique : que faire ?
Alors, que peut-on faire ?
- D’abord se laisser toucher par la gravité de ce qui se passe, et alors prier, demander, interpeller, intercéder, supplier, et demander pardon à CELUI qui est toute création, qui en est le seul maître et qui est à la fois mort et résurrection.
- Échanger entre nous pour nous réconforter et nous soutenir.
- Nous documenter sérieusement.
- Écrire à notre député et à notre sénateur AUJOURD’HUI, et lui dire simplement ce que l’on pense de cette loi : Contactez vos sénateurs (Site Alliance Vita)
Docteur Marc Stevenson, Médecin retraité, Soins Palliatifs
* : La sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès est différente de l’euthanasie. Six catactéristiques différencient la sédation profonde de l’euthanasie : l’intention, le moyen, la procédure, le résultat, la temporalité et la législation.