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Quand l’embryologie éclaire les paroles du « Je vous salue Marie »

Prête-t-on assez attention aux paroles du « Je vous salue Marie » que l’on récite trop souvent machinalement ? En y regardant de plus près, nous allons voir que les paroles de sainte Elisabeth à la Vierge Marie « Le fruit de tes entrailles est béni », que nous reprenons dans la prière de l’Ave, ne sont pas seulement une image biblique désuète. Bien au contraire : elles rejoignent une réalité scientifique profonde découverte au XIXe siècle.
Mise à jour : 27/01/2026 Temps de lecture : 4 min Proposer un article
Image rapprochée d'une morula et d'une mûre

Le choix des mots 

Une réflexion m’est venue un jour lors d’un rosaire. J’entendais des participants réciter l’Ave Maria avec la variante suivante : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, votre enfant, est béni »  à la place de la formule traditionnelle « et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni ». Sans doute, cette modification part-elle d’un bon sentiment, motivée par l’idée que le terme « fruit de vos entrailles » n’est pas très poétique et n’est pas usité.

Pourtant cette substitution pose problème. D’une part, elle n’honore pas la formule d’Élisabeth qui est tirée directement de l’Évangile et donc de la Parole de Dieu. D’autre part, dans le contexte de l’Annonciation, remplacer « fruit » par « enfant » est très imprécis et occulte, comme nous allons le voir, une part de la réalité. Dans le langage courant, « enfant » ne désigne pas spécifiquement un embryon ou un fœtus de quelques jours. On peut donc regretter cet usage inapproprié du terme, car il ne renvoie pas à la situation précise de la Vierge Marie juste après son fiat  lors de l’Annonciation, moment qui nous fait entrevoir le mystère même de l’Incarnation du Verbe.

Saint Luc dans son Évangile (Lc 1, 39-42)  nous relate le voyage que fit Marie « avec empressement » pour rencontrer sa cousine Élisabeth dans les jours qui suivirent :

 « Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? »

La formule latine dans le texte de la Vulgate « Et benedictus fructus ventris tui ! » est riche de sens, surtout à notre époque. En effet, c’est tout de suite après la salutation angélique que Jésus s’incarne en Marie.


La morula : quand l’embryon ressemble à un fruit des bois.

A l’époque biblique et jusqu’à une époque récente, nous ne connaissions pas le déroulé biologique de « l’animation » de l’être humain dans le sein maternel. Il faut attendre le début du XIXe siècle et Karl Ernst von Baer (1792-1876) pour entrer véritablement dans l’embryologie moderne avec la découverte de l’ovule, du spermatozoïde et du rôle du blastocyste.

L’une des premières étapes fondamentales du développement embryonnaire, résulte directement des divisions successives du zygote en 2 cellules filles, puis en 4, puis 8 et 16 et ainsi de suite pour rapidement aboutir à une masse cellulaire que les scientifiques ont nommée morula.

Cette structure prend son nom du mot latin « morum », qui signifie « petite mûre », en référence à son apparence granuleuse évoquant de façon caractéristique le fruit des bois. Chez l’être humain le stade de morula est atteint au bout du quatrième jour après la fécondation avant même son implantation dans l’utérus qui a lieu vers le 7e jour.


La précision du vocabulaire biblique rejoint la biologie

Cette temporalité coïncide d’ailleurs de façon étonnante avec le moment où Élisabeth prononce les paroles lors de la Visitation. Après l’Annonciation, Marie part « avec empressement » (Lc 1, 39) voir sa cousine. Or le trajet entre Nazareth et Aïn Karim, en Judée, prenait environ 4 à 5 jours de marche. Au moment précis où Marie arrive chez Elisabeth et que celle-ci s’exclame « le fruit de tes entrailles est béni », l’embryon de Jésus a littéralement l’apparence d’une petite mûre. L’expression d’Elisabeth n’est donc pas seulement une métaphore poétique, mais une description biologique avant l’heure !

Vouloir remplacer « fruit » par « enfant » dans l’Ave Marie a d’ailleurs d’autres conséquences plus profondes sur le plan théologique. Dans la Genèse, il est dit que Ève a saisi le « fruit défendu » (celui qui conduit à la mort). Le « fruit » évoqué par Elisabeth résonne profondément avec toute l’histoire biblique et la chute du péché originel. Jésus est le véritable « fruit » (celui de la Vie) qui vient effacer la faute de nos premiers parents. Remplacer ce terme brise ce miroir symbolique essentiel entre Ève et Marie.


Conclusion

En conclusion, il a fallu plus de 18 siècles pour que la science moderne, sans probablement faire de rapprochement biblique, découvre un « fruit » lors de la fécondation, celui-là même dont parlait déjà Elisabeth. Ainsi, l’Ave Maria que nous récitons souvent machinalement et qui provient directement de l’évangile de Luc est d’une richesse fascinante quand il affirme que Jésus était déjà bien incarné en Marie lors de la Visitation, à ce stade embryonnaire précoce que la science nomme morula !


René Sentis

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