Modéle de mail à envoyer à votre député au sujet de la loi fin de vie
Objet : Loi fin de vie : l’expérience étrangère doit nous alerter
Madame la Députée, Monsieur le Député,
Je me permets, en tant qu’électeur de votre circonscription, d’attirer votre attention sur la proposition de loi relative à la fin de vie actuellement en débat. Mon inquiétude ne repose pas sur une idéologie ou un programme politique, mais sur l’expérience concrète des pays qui ont légalisé l’euthanasie avant nous, particulièrement la Belgique et les Pays-Bas en 2002, puis le Canada en 2016. Tous vantaient des « garde-fous infranchissables » : phase terminale, consentement libre, double validation médicale, délai de réflexion. Ils ont tous sauté, un à un, en moins de dix ans.
Voici les huit constats qui devraient, selon moi, inviter à la plus extrême prudence avant tout vote.
1. La dénaturation de l’acte médical : quand donner la mort devient une routine.
Tuer est l’exact contraire du serment d’Hippocrate, qui engage le médecin à « ne jamais provoquer la mort délibérément ». La loi sur l’aide à mourir mélange deux gestes pourtant opposés : l’acte médical, qui vise à soigner, et l’acte létal, qui met fin à la vie.
Aux Pays-Bas, une femme de 74 ans atteinte d’Alzheimer a semblé changer d’avis au moment de passer à l’acte. Le médecin a glissé un somnifère dans son café à son insu. Lorsqu’elle s’est débattue, il a demandé à la famille de la maintenir de force pour terminer la procédure. On touche à l’absurdité d’un système où le médecin censé soigner donne la mort par la contrainte.
2. La dérive budgétaire : l’intérêt financier de l’État à la mort provoquée.
Au Canada, les économies réalisées grâce à l’euthanasie ont été chiffrées : 86,9 millions de dollars d’économies nettes par an en 2020, et 62 millions supplémentaires depuis l’élargissement des critères en 2021. Coût moyen d’une euthanasie : 2 327 dollars. Coût d’un patient chronique : sans comparaison possible. Le système de santé fait des économies à chaque euthanasie. Sans le garde-fou légal de l’interdiction, la tentation budgétaire d’éliminer les personnes les plus coûteuses devient irrésistible.
Comme l’a écrit le journaliste Yuan Yi Zhu dans The Spectator : « L’État canadien, dans sa générosité, rembourse même l’opération. Il ne dépense pas en revanche l’argent qui leur permettrait de vivre. »
3. L’incitation systémique : quand le système de santé suggère lui-même la mort.
Dès lors que l’euthanasie devient une option légale, elle cesse d’être réservée aux patients qui la demandent : elle est suggérée par le système, même sans demande. La formation officielle des praticiens canadiens recommande de « proposer l’euthanasie à tout patient potentiellement éligible », même quand il ne l’a pas demandée. Au Canada, Veterans Affairs (équivalent du ministère des Anciens Combattants) a proposé l’euthanasie à des vétérans en consultation pour stress post-traumatique. Le ministre a admis devant le Parlement canadien : « cela s’est produit plusieurs fois ».
En octobre 2025, des témoignages parlementaires canadiens ont rapporté que des personnes handicapées sont sollicitées chaque semaine lors de consultations sans rapport avec leur handicap, au point que beaucoup n’osent plus se rendre à l’hôpital.
4. La détresse économique : mourir faute de moyens pour vivre dignement.
L’argument du « libre choix » s’effondre quand on regarde qui demande l’euthanasie. Ce sont, de manière disproportionnée, les plus pauvres et les plus isolés qui basculent. En Ontario en 2023, 29 % des patients euthanasiés non-terminaux provenaient des zones les plus défavorisées de la province (qui ne représentent que 20 % de la population). Selon Health Canada, environ la moitié déclaraient le faire parce qu’ils se sentaient un fardeau pour leur famille. L’euthanasie cible d’abord les plus pauvres, les plus faibles et les plus vulnérables. La réponse à la détresse sociale doit demeurer l’accompagnement et la solidarité nationale, et non l’interruption de la vie.
Roger Foley, patient handicapé, devant le Comité de la justice du Parlement canadien en 2020 : « L’aide à mourir est plus facile d’accès que les aides au handicap qui permettraient de vivre. »
5. L’engrenage législatif : l’effondrement systématique de tous les garde-fous.
Tous les pays qui ont légalisé promettaient des « critères stricts ». Tous, sans exception, les ont élargis. Pays-Bas : phase terminale en 2002, puis souffrances psychiatriques, puis démence, puis enfants de 1 à 12 ans en 2023. Belgique : phase terminale en 2002, puis psychiatrie, puis mineurs sans limite d’âge en 2014, puis démence avancée. Canada : « mort raisonnablement prévisible » en 2016, critère supprimé en 2021, extension prévue pour 2027 aux troubles mentaux. À chaque étape, la promesse initiale s’est révélée intenable. La seule digue qui tient dans la durée est celle du « on ne tue pas ».
6. L’abolition du consentement : l’extension inéluctable aux mineurs et aux nourrissons.
L’argument fondateur, le « consentement libre et éclairé d’un adulte responsable », a sauté. En 2014, la Belgique est devenue le premier pays au monde à autoriser l’euthanasie des mineurs sans aucune limite d’âge (premiers cas connus : 9, 11 et 17 ans). En 2023, les Pays-Bas ont étendu officiellement aux enfants de 1 à 12 ans. Depuis 2005, le protocole de Groningen y autorise l’euthanasie active de nouveau-nés gravement handicapés, décidée par les parents et les médecins, sans aucun consentement possible.
7. Le paradoxe psychiatrique : organiser la mort de ceux que l’on devrait protéger du suicide.
Pour un jeune en bonne santé qui veut mourir, nos sociétés déploient des numéros d’écoute, des campagnes, des hospitalisations en urgence : on le retient, on le soigne, on le protège. Pour un autre, malade, handicapé ou dépressif, la même société propose l’aide à mourir. La Société canadienne de psychiatrie a conclu en 2023 qu’il est cliniquement impossible de distinguer un patient ayant des pensées suicidaires d’une demande « rationnelle » d’aide à mourir.
En Belgique, Shanti De Corte, 23 ans, survivante des attentats de l’aéroport de Bruxelles, a été euthanasiée en 2022 pour « souffrance psychiatrique insupportable ». Au lieu de l’accompagner sur le long chemin de la reconstruction, la médecine a accédé à sa demande de mort.
8. L’effacement des plus vulnérables : donner la mort plutôt que de compenser le handicap.
En mars 2025, le Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU a demandé formellement au Canada d’abroger l’extension de l’euthanasie aux personnes qui ne sont pas en fin de vie, jugée fondée sur des « perceptions négatives et validistes de la qualité et de la valeur des vies handicapées ».
Selon le rapport annuel canadien 2024, 31,6 % des Canadiens euthanasiés en voie 1 et 61,5 % de ceux de la voie 2 (non-terminaux) se déclaraient handicapés.
Et la France dans tout ça ?
Notre pays cumule les facteurs de risque que les pays voisins ont ignorés à leurs dépens : une économie en tension, un système de santé sous pression et une psychiatrie exsangue et de nombreuses personnes en situation de vulnérabilité.
La France a une chance que les pays qui ont légalisé n’avaient pas : elle peut encore choisir.
Le piège du débat français est de présenter l’alternative comme binaire : « euthanasie ou souffrance ». C’est faux. La loi Claeys-Leonetti de 2016 permet déjà de refuser l’acharnement thérapeutique, d’arrêter les traitements devenus disproportionnés, et d’obtenir une sédation profonde et continue qui apaise les agonies les plus difficiles. Personne, en France, n’est légalement obligé de souffrir. Ce qu’il faut, ce n’est pas franchir un seuil que la Belgique, les Pays-Bas et le Canada ne savent plus comment refermer. C’est l’application pleine et entière de la loi Claeys-Leonetti, l’accès universel aux soins palliatifs sur tout le territoire, le renforcement de la psychiatrie publique, et le soutien réel aux personnes vulnérables.
La Belgique, les Pays-Bas et le Canada ne se sont pas effondrés en un jour. Ils ont commencé par une loi « limitée », « encadrée », « strictement balisée ». Ils ont fini par euthanasier des mineurs, des autistes, des sans-abri et des vétérans, et même des nouveau-nés dans le cas néerlandais. Il est encore temps d’empêcher que cela arrive en France.
Je vous demande respectueusement de prendre ces éléments en considération avant tout vote sur ce texte.
Je vous prie d’agréer, Madame la Députée, Monsieur le Député, l’expression de ma haute considération.
Pour accéder à l’intégralité des sources et références : https ://auservicedelavie.fr/assets/2026/06/Lettre-ouverte-aux-parlementaires-pourquoi-lexperience-des-pays-ayant-legalise-leuthanasie-doit-inviter-a-la-plus-extreme-prudence-en-France.pdf