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Une province canadienne tente de mettre un frein à la dérive dramatique de l’euthanasie au Canada

Alors que le Canada est devenu en quelques années le pays où l’euthanasie a connu la dérive la plus rapide et la plus documentée au monde, une lueur d’espoir surgit d’une province de l’Ouest. Le gouvernement de l’Alberta vient de déposer le projet de loi 18, une législation historique visant à freiner drastiquement l’Aide Médicale à Mourir (AMM). Entre le constat d’une nation qui propose la mort pour pallier la précarité sociale et la résistance d’une province qui choisit la protection des plus faibles, analyse d’un basculement majeur.
Mise à jour : 20/03/2026 Temps de lecture : 3 min
Le drapeau du Canada

Le Canada : quand l’euthanasie devient un remède à la pauvreté

En 2022, un chercheur canadien publiait une tribune dans l’hebdomadaire The Spectator. Particulièrement remarquée à cette époque, elle s’intitulait : « Pourquoi le Canada euthanasie-t-il les pauvres ? ».1 Elle commençait par cette citation d’Anatole France :

« La majestueuse égalité des lois interdit aux riches comme aux pauvres de coucher sous les ponts, de mendier dans la rue et de voler du pain. »

Légalisée en 2016 au Canada, l’euthanasie était alors autorisée uniquement pour les malades en phase terminale et dont la mort était « raisonnablement prévisible ».2 Mais très vite les verrous censés protéger la dignité humaine ont sauté. Ce qui était présenté au début comme une exception pour les malades en phase terminale est devenu un système qui absorbe désormais les personnes handicapées, les isolés, les plus démunis et, peut-être, les malades mentaux.


Les personnes handicapées 

En 2021, un amendement a créé une « voie 2 » pour laquelle l’exigence de « décès raisonnablement prévisible » a été supprimée, ouvrant l’AMM aux personnes handicapées stables et aux malades chroniques non-terminaux.3 En 2023, sur les personnes ayant reçu l’AMM et ayant répondu à la question sur le handicap, 32,9 % se sont auto-identifiées comme ayant un handicap — et ce chiffre monte à 61,5 % pour la voie 2 (non-terminaux).4 Des témoignages parlementaires en octobre 2025 indiquent que des personnes handicapées sont sollicitées chaque semaine pour envisager l’euthanasie lors de consultations médicales sans rapport avec leur handicap, et que beaucoup ont désormais peur de se présenter au système de santé. En mars 2025, le Comité de l’ONU pour les droits des personnes handicapées a même recommandé au Canada d’abroger la voie 2 de l’AMM.5


Les isolés et les plus démunis 

C’est l’objet principal de la tribune publiée dans The Spectator : l’euthanasie devient une solution pour les personnes en situation de pauvreté.

Des témoignages de plus en plus nombreux révèlent une réalité troublante : certains patients sollicitent l’euthanasie non en raison d’une douleur physique insupportable, mais parce qu’ils ne parviennent plus à vivre dignement. « Une femme handicapée a candidaté au suicide parce qu’elle n’avait “tout simplement plus les moyens de continuer à vivre” ».

En 2023, 29 % des patients euthanasiés sans être en phase terminale en Ontario provenaient des zones les plus défavorisées de la province, qui ne regroupent que 20 % de la population — soit un taux 50 % supérieur à la moyenne. Des cas concrets documentés par l’Associated Press illustrent cela : un chômeur isolé, un sans-abri endetté, un ouvrier dont les allocations insuffisantes lui semblaient ne laisser « pas d’autre choix ».6 Lorsque la société ne parvient plus à soutenir ses membres les plus fragiles, la tentation apparaît de transformer la mort en solution.


Les malades mentaux

Une échéance inscrite dans la loi. L’extension de l’AMM aux personnes dont la seule affection est un trouble de santé mentale est prévue par la loi canadienne pour 2027.7 Elle a été suspendue à deux reprises — signe que le gouvernement canadien reconnaît lui-même les dérives du système. Mais la suspension n’est pas une annulation : sauf décision législative contraire, cette échéance reste inscrite au calendrier. Des professionnels de la psychiatrie ont alerté le Parlement sur l’impossibilité de garantir qu’un patient psychiatrique est en état de consentir de façon irréversible à sa propre mort.


Un réveil en Alberta ?

Au milieu de cette situation épouvantable, le gouvernement d’une province canadienne semble s’être réveillé : c’est l’Alberta.

Face à ces dérives, le gouvernement conservateur de Danielle Smith (United Conservative Party) a décidé d’agir. Bien que le Code criminel soit de compétence fédérale, l’organisation des soins de santé relève des provinces. C’est ce levier que l’Alberta utilise avec le projet de loi 18 (Safeguards for Last Resort Termination of Life Act), déposé le 18 mars 2026.8 La première ministre a déclaré : « Je crois que nous manquons à notre devoir de donner de l’espoir aux gens. L’AMM doit être une option compassionnelle réservée uniquement à ceux qui ne guériront pas d’une maladie terminale. »9

Ce que change la loi de l’Alberta :

  •       Le retour au critère de mort imminente : L’Alberta réimpose une limite stricte : l’euthanasie ne serait accessible qu’aux personnes dont la mort naturelle est prévisible sous 12 mois. Cela exclut de fait les personnes handicapées stables ou les précaires qui ne sont pas en fin de vie.
  •       Le rempart contre la maladie mentale : La loi interdit formellement l’euthanasie pour le seul motif de trouble psychiatrique, protégeant ainsi les plus fragiles d’un geste irréversible en période de crise.
  •       La fin de la « promotion » de la mort : Les médecins auront l’interdiction d’initier eux-mêmes la discussion sur l’euthanasie avec un patient. De plus, toute affiche ou documentation faisant la promotion de l’AMM sera retirée des hôpitaux et des maisons de soins.

Ces avancées sont réelles, mais leur portée reste limitée par l’architecture constitutionnelle canadienne d’une part et d’autre part, la notion d’aide à mourir reste défendue par le gouvernement albertin dans les cas de mort imminente, ce qui n’est pas acceptable au regard de la notion de dignité humaine promue par l’Église. Mais on peut néanmoins se réjouir de voir qu’un retour en arrière est possible et que les dispositions les plus criminelles soient retirées. L’Alberta ne peut pas interdire l’AMM sur son territoire car certaines compétences relèvent du gouvernement central : elle peut seulement refuser que ses établissements de santé provinciaux la pratiquent et imposer ses propres critères aux médecins qu’elle encadre. Une confrontation juridique avec Ottawa apparaît probable.


Et la France ?

L’exemple canadien est désespérément troublant : toutes les prédictions annoncées par les défenseurs de la vie se sont réalisées. Les partisans de l’euthanasie en France affirment que « cela ne se passerait pas comme ça ici ». Mais la loi canadienne de 2016 contenait, elle aussi, des garde-fous présentés comme infranchissables : mort « raisonnablement prévisible », double validation médicale, délai de réflexion. Dix ans plus tard, ces barrières ont toutes été levées, une à une, sous la pression des tribunaux et des lobbies. Il n’existe aucun mécanisme juridique ou culturel propre à la France qui permettrait de garantir que la même dynamique ne se reproduirait pas. La meilleure solution pour éviter un scénario à la canadienne est de porter l’effort sur l’accompagnement, en soins palliatifs notamment, et le soin des plus vulnérables pour qu’ils n’aient pas à choisir entre l’euthanasie et un état de vie intenable. Prions pour notre pays, qu’un choix de vie soit posé.



Notes et sources

1  Scott Ventureyra, « Why is Canada euthanising the poor ? », The Spectator, 2022.

2  Gouvernement du Canada, historique de la législation sur l’AMM — critère initial « mort raisonnablement prévisible » (2016). https ://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/aide-medicale-mourir.html

3  Projet de loi C-7 (2021) — élargissement de l’AMM, création de la voie 2, suppression du critère de mort prévisible. https ://www.parl.ca/DocumentViewer/fr/43-2/projet-loi/C-7/sanction-royal

4  Gouvernement du Canada, rapport annuel AMM 2024 — données sur les bénéficiaires handicapés (32,9 % voie 1 ; 61,5 % voie 2). https ://www.canada.ca/en/health-canada/services/publications/health-system-services/annual-report-medical-assistance-dying-2024.html

5  Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), Compte-rendu de l’examen du Canada par le Comité des droits des personnes handicapées, mars 2025. https ://www.ohchr.org/en/meeting-summaries/2025/03/experts-committee-rights-persons-disabilities-commend-canada-accessible

6  National Catholic Register / CNA, « Hungry, Poor, and Disabled Canadians Now Seeking Assisted Suicide », décembre 2022. https ://www.ncregister.com/cna/hungry-poor-and-disabled-canadians-now-seeking-assisted-suicide

7  Projet de loi C-62 (2024) — suspension de l’AMM pour troubles mentaux jusqu’en 2027. https ://www.parl.ca/DocumentViewer/fr/44-1/projet-loi/C-62/sanction-royal

8  Alberta, projet de loi 18 — Safeguards for Last Resort Termination of Life Act, déposé le 18 mars 2026. https ://www.assembly.ab.ca/assembly/bills/bill.aspx ?Legislature=31&Session=2&billNumber=18

9  Déclaration de la première ministre Danielle Smith sur le projet de loi 18, mars 2026. https ://www.cbc.ca/news/canada/edmonton/alberta-medical-assistance-in-dying-limits-legislation-9.7133788

 

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