Fin de vie : la mise au point des évêques de France
Il n’y a pas besoin d’une nouvelle loi
Les évêques contestent la nécessité d’une nouvelle législation. Ils rappellent que la France dispose déjà, avec la loi Claeys-Leonetti, d’un cadre juridique équilibré qui refuse l’acharnement thérapeutique tout en interdisant de donner la mort. Le problème n’est pas législatif, mais il est structurel : si l’on « meurt mal » en France, ce n’est pas parce que la loi interdit de tuer, c’est parce qu’elle est insuffisamment appliquée et que l’accès aux soins palliatifs est à la peine (près de 25% des besoins en soins palliatifs ne sont pas couverts).
Un détournement sémantique mensonger qui vise à anesthésier les consciences
Le texte attaque frontalement la manipulation du langage opérée par les promoteurs du texte. Utiliser les mots de « soin » et de « fraternité » pour adoucir l’acte violent d’une injection létale est une corruption du vocabulaire médical et éthique. Tuer ne sera jamais soigner. « On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort. » Les évêques refusent catégoriquement ce glissement sémantique qui vise à anesthésier les consciences en masquant la réalité de l’acte : « Évoquer une “loi de fraternité” quand il s’agit de faire mourir […] est un mensonge. ».
La dignité de la vie est inaliénable
Contre une vision utilitariste qui voudrait que la dignité s’efface avec la perte d’autonomie ou la dégradation physique, l’Église rappelle une vérité fondamentale : la dignité est attachée à l’être, et non au “faire” ou au “paraître”. « La dignité d’une personne humaine n’est pas variable selon son état de santé, son autonomie ou son utilité sociale ; elle est inhérente à son humanité, jusqu’au bout. Elle est inaliénable. »
L’enjeu central de la liberté du malade
Dans une société qui valorise la performance et la rentabilité, le “choix” de mourir peut-il être vraiment libre ? Les évêques craignent que les personnes âgées ou handicapées ne se sentent obligées de demander la mort pour ne plus être un fardeau, financier ou émotionnel, pour leurs proches. La liberté du malade est une illusion s’il subit la pression sociale et économique. « La liberté ainsi conçue risque de devenir une pression silencieuse, surtout pour les plus fragiles. » Ils interrogent notre modèle de société : « La demande d’en finir […] n’est-elle pas une demande d’en finir avec une vie qui ne correspond plus aux critères socialement normés ? »
Une seule voie possible : le développement des soins palliatifs
Plutôt que la solution de facilité que représente l’aide à mourir, les évêques plaident pour la voie exigeante mais humaine de l’accompagnement. L’expérience clinique le prouve : quand la douleur est apaisée et que l’angoisse est entendue, le désir de suicide s’estompe. « La prise en considération de la personne […] entraîne quasiment toujours chez les patients en fin de vie la disparition des demandes à mourir. » Il s’agit de décrypter le cri du malade : « Car même derrière une demande de mort, c’est souvent le désir de vivre qui se dit. »
En conclusion, les évêques appellent à un sursaut de civilisation : « Nous croyons qu’une société grandit, non pas lorsqu’elle propose la mort comme solution, mais bien lorsqu’elle se mobilise pour accompagner la fragilité et protéger la vie, jusqu’au bout. »
Le texte intégral de la déclaration