Ce que les Français pensent vraiment de l’euthanasie : l’étude qui remet les pendules à l’heure
Pourquoi les sondages annonçaient-ils toujours 90 % des Français en faveur de l’euthanasie ?
Les sondages habituels posent des questions du type : « Êtes-vous favorable à ce qu’on mette fin aux souffrances insupportables d’un malade incurable ? » Qui répondrait non ? Le problème, c’est que cette formulation ne mentionne ni les soins palliatifs comme alternative, ni les modalités concrètes de la loi et encore moins les risques de dérive. La réponse à cette question mesure la compassion des gens, pas une opinion politique.
Beaucoup de Français confondent par ailleurs l’euthanasie avec l’arrêt de l’acharnement thérapeutique — déjà autorisé par la loi Claeys-Leonetti. Une confusion que l’étude Fondapol documente précisément.
- Exemple de question type :“Certaines personnes souffrant de maladies insupportables et incurables demandent parfois aux médecins une euthanasie, c’est-à-dire qu’on mette fin à leur vie, sans souffrance. Selon vous, la loi française devrait-elle autoriser les médecins à mettre fin, sans souffrance, à la vie de ces personnes atteintes de maladies insupportables et incurables si elles le demandent ?” 1
- Le biais : Qui répondrait “non” à la fin des souffrances insupportables ? La question ne mentionne ni les alternatives (soins palliatifs), ni les risques de dérives, ni les modalités concrètes (qui injecte le produit ? quel contrôle ?). Elle force l’adhésion par la compassion.
Quand on pose les bonnes questions, tout change
Dès que l’on sort des principes abstraits pour entrer dans la réalité concrète, les chiffres basculent. Face au choix réel : « soins palliatifs de qualité ou euthanasie pour un proche ? », 52 % des Français choisissent l’accompagnement, contre 38 % pour l’injection létale.
Mieux encore : 50 % estiment qu’il faut d’abord garantir des soins palliatifs accessibles partout en France avant même d’envisager une loi sur l’aide à mourir.
Ce n’est pas un détail. C’est un renversement de perspective : la demande de mort est souvent, en réalité, une demande de non-souffrance et de présence. La priorité nationale pour les Français n’est pas de légaliser la mort provoquée, seuls 28 % y voient une urgence, mais de garantir une fin de vie digne et accompagnée.
Un texte de loi que personne n’a lu
L’étude révèle que seuls 7 % des Français ont réellement lu le projet de loi. Or, une fois confrontés à ses dispositions concrètes, les réserves s’accumulent : 68 % souhaitent un contrôle avant l’acte (et non après, comme le prévoit le texte) ; 73 % veulent l’avis obligatoire d’un psychiatre en cas de doute sur le discernement ; 57 % exigent que le second médecin examine physiquement le patient.
Des garanties que le texte ne prévoit pas — ou insuffisamment.
Une opposition qui dépasse les clivages habituels
Dernier enseignement inattendu : l’opposition au texte ne vient pas que des catholiques ou de la droite. Des électeurs de LFI et du Parti communiste figurent parmi les plus critiques, y voyant parfois une dérive libérale qui abandonnerait les plus vulnérables à leur sort. Catholiques et musulmans partagent des inquiétudes très proches sur la protection de la vie.
En résumé : Une adhésion “théorique” mais une opposition “pratique”
L’étude conclut que les Français sont favorables à la liberté en théorie, mais qu’ils craignent la réalité d’une société où la mort devient une solution bureaucratique à la vulnérabilité ou au manque de moyens hospitaliers. C’est précisément là que les catholiques peuvent jouer un rôle : non pas convaincre par la force, mais éclairer avec douceur. Rappeler le rôle central des soins palliatifs. Rappeler que soigner, accompagner, soulager, c’est ce que les Français veulent, au fond.
L’enquête a été réalisée grâce à un partenariat Fondapol et AFC (Associations familiales catholiques). C’est l’institut OpinionWay qui a administré le questionnaire. L’étude a été effectuée sur un échantillon représentatif de 3 021 personnes.
Sources
- Rapport complet de la Fondapol
- Synthèse de l’étude
- Analyse de la manipulation des sondages (Gènéthique)
1 : IFOP pour l’ADMD, mai 2024
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