« Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée » : Léon XIV célèbre Jérôme Lejeune et dénonce le « racisme chromosomique »
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« Un homme de science et de sagesse »
Né à Montrouge en 1926, mort en 1994, le Pr Jérôme Lejeune est l’un des pères de la génétique moderne : c’est lui qui découvre en 1959 le chromosome surnuméraire responsable de la trisomie 21. Médecin par vocation, il consacre sa vie à ses patients qu’il appelait « les pauvres parmi les pauvres ». Paul VI le nomme à l’Académie pontificale des sciences ; son amitié avec saint Jean-Paul II est à l’origine de la création de l’Académie pontificale pour la Vie. Déclaré Vénérable par décret du 21 janvier 2021, il est aujourd’hui sur le chemin de la béatification.
Léon XIV a tenu à rappeler, dès l’ouverture de son discours, la définition que Lejeune donnait lui-même de son métier :
« La médecine, c’est la haine de la maladie et l’amour du malade. »
Le « racisme chromosomique » : la prophétie de Lejeune
Très tôt, Lejeune comprend que sa propre découverte va être retournée contre les personnes trisomiques. Plutôt que d’ouvrir la voie à des traitements, le diagnostic prénatal devient le préalable d’une élimination systématique. Le pape rappelle que le généticien n’a alors pas hésité à se faire « leur avocat, dénonçant la transgression du serment d’Hippocrate et ce nouvel eugénisme, qu’il qualifiait de “racisme chromosomique” ». Léon XIV qualifie expressément ces interventions de « prises de parole prophétiques ».
Pour Lejeune comme pour le pape, cette défense ne repose pas seulement sur un argument médical ou sur une indignation morale : elle s’enracine dans « l’inviolable dignité [de la personne humaine] qui a son origine dans l’acte créateur de Dieu ». Le combat coûtera cher au généticien : malmené dans certains milieux scientifiques, Lejeune paya de sa carrière son refus de servir une science sans conscience.
En France, trente ans après sa mort, sa prophétie s’est malheureusement concrétisée dans une statistique glaçante : 96 % des enfants diagnostiqués trisomiques in utero n’ont pas le droit de naître. La généralisation du dépistage prénatal non invasif (DPNI), au lieu de s’accompagner d’un accueil renouvelé du handicap, a achevé d’installer une élimination quasi systématique. C’est cette dérive très précise, que Lejeune avait annoncée dès les années 1970, que Léon XIV reprend aujourd’hui à son compte.
Quand la technique se retourne contre la médecine
Dans son discours, le pape a fait directement écho à l’encyclique Magnifica humanitas, en s’interrogeant sur la place de la technique.
Le pape le rappelle : « Le Professeur Lejeune était conscient que si la technique peut aider la médecine, elle ne saurait en revanche la remplacer. De plus, il savait que la technique peut être utilisée contre la médecine – qui est par nature au service de la vie –, ainsi que cela se vérifie lorsque la technique échappe à tout contrôle éthique indispensable et que prévalent des calculs d’efficacité, de rentabilité ou d’utilité. »
Et le pape désigne le mécanisme pernicieux qui sous-tend cette conception : lorsque l’éthique cesse d’encadrer la technique, ce sont les « calculs d’efficacité, de rentabilité ou d’utilité » qui décident à sa place. La personne disparaît alors derrière des performances mesurables, derrière son rapport coût-bénéfice, derrière les courbes de probabilité que produisent les laboratoires. D’où l’affirmation décisive, qui fonde tout le reste :
« La valeur de la personne ne dépend pas de ce qu’elle réalise ou produit. »
C’est cette conviction qui justifie le refus catégorique du pape et de l’Église de voir la médecine se mettre au service de la mort :
« Jamais un médecin ne devrait se permettre, sur la base d’algorithmes de laboratoire, de décider de la vie de tel embryon ou de telle personne âgée ! Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée ! »
Le diagnostic prénatal qui condamne le trisomique et l’euthanasie qui « libère » du vieillard malade relèvent au fond du même geste : celui de subordonner la valeur d’une vie à des critères d’utilité décidés par d’autres. À trois semaines du vote sur la fin de vie, le message est limpide.
Comme dans son encyclique Magnifica humanitas, le pape ne limite pas son discours à des considérations théologiques et éthiques, mais les relie toujours aux questions politiques et sociales de notre temps :
« Le bien commun n’exclut aucun de ceux qui ont été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. »
Aucune frontière, donc, ni d’âge, ni de chromosome, ni de capacité, ni de productivité, ne saurait justifier l’exclusion d’une personne du cercle de ceux que la société a charge de protéger.
« Témoins engagés dans la société » : un appel aux jeunes et aux professionnels
Après avoir encouragé avec force les actions de la Fondation, le pape Léon a lancé un appel :
« Soyez comme lui des témoins engagés dans la société, au service de la recherche constante du bien commun. »
Léon XIV a conclu par un appel adressé à tous ceux que le combat de Lejeune touche, que le Vénérable Jérôme Lejeune leur inspire « le courage de la vérité » et les aide à :
« Unir sans raideur la raison et la foi, la parole et les actes, l’absence de jugement sur les personnes et le rejet du mensonge. »
Lire le discours dans son intégralité sur le site du Vatican : https ://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/speeches/2026/giugno/documents/20260622-fjl.html