« Soulager sans faire mourir » : 150 dirigeants catholiques en appellent à la liberté de conscience, à deux semaines de la décision du Conseil constitutionnel
Cent cinquante dirigeants d’établissements de santé et médico-sociaux catholiques ont publié une tribune dans La Croix pour dénoncer l’absence de toute clause de conscience institutionnelle dans la loi sur l’« aide à mourir ». Un appel qui tombe à point nommé : le Conseil constitutionnel doit statuer sur ce texte au plus tard le 17 août.
L’appel des institutions catholiques
Selon la lettre d’accompagnement signée par Jean-René Berthelemy, président de la Fédération nationale des institutions de santé et d’action sociale d’inspiration chrétienne (FNISASIC), qui a diffusé l’appel à signature avant sa publication, le texte a été élaboré par la Conférence des évêques de France (CEF) en lien avec la FNISASIC. Les 150 signataires revendiquent être les héritiers d’une tradition plurimillénaire de soutien aux malades, et rappellent qu’être contraints à un acte n’équivaut pas à y consentir : leurs consciences, écrivent-ils, sont « en souffrance ».
Ils empruntent au psychiatre du travail Christophe Dejours la notion de « souffrance éthique » pour décrire ce que vivraient leurs équipes si elles devaient participer à des actes que leurs valeurs et leurs statuts réprouvent. Cette souffrance c’est « celle de nous rendre complices d’actes que nos valeurs, nos chartes et nos statuts réprouvent ; celle de contribuer à ce que certaines personnes vulnérables puissent intégrer qu’elles sont un fardeau et qu’il serait profitable de mourir pour soulager leurs proches ou la société. »
L’enjeu est concret : la loi contraindra les établissements, y compris confessionnels, à laisser pratiquer en leur sein des euthanasies et des suicides assistés. Lors des débats parlementaires, tous les amendements visant à instaurer une clause de conscience institutionnelle ont été rejetés par l’Assemblée nationale.
Soulager, mais aussi donner du sens
Les signataires insistent : ils ne nient pas la difficulté des situations de fin de vie, et y répondent déjà par l’expertise des soins palliatifs et leur engagement auprès des personnes âgées et en situation de handicap.
« L’enjeu n’est pas seulement de soulager toutes les formes de souffrances mais aussi de donner à la vie du goût et du sens en situation de handicap, de maladie ou de grand âge. La solidarité, le soutien, les soins palliatifs et l’innovation permanente seront toujours nos réponses. »
Le texte se concluse sur ces mots : « Laissez-nous librement soulager la souffrance sans aider à faire mourir ! »
Une loi votée à l’arraché
Rappelons le contexte : après un an et quatre mois de navette parlementaire et trois rejets successifs du Sénat, la loi a été adoptée définitivement le 15 juillet 2026 par l’Assemblée nationale, à une majorité resserrée de 291 voix contre 241 (29 abstentions), la plus courte de tout son parcours législatif. Le texte ouvre un « droit à l’aide à mourir », recouvrant à la fois le suicide assisté et l’euthanasie, sous cinq critères cumulatifs.
La décision du Conseil constitutionnel est vivement attendue, même si elle ne doit pas faire illusion
Le texte n’est pas encore promulgué. Entre le 16 et le 21 juillet, quatre à cinq saisines distinctes ont été déposées devant le Conseil constitutionnel : celle du président du Sénat Gérard Larcher (16 juillet), celle du Premier ministre Sébastien Lecornu (16 juillet), puis celles de plus de soixante sénateurs (17 juillet) et de plus de soixante députés (20 juillet), soit plus de 150 pages d’argumentaire juridique cumulé.
Parmi les griefs soulevés : la brièveté du délai de rétractation, la protection insuffisante des majeurs sous tutelle (le registre légal censé signaler leur situation n’existera pas avant 2028), le risque d’une application extensive des critères d’éligibilité (les députés évoquant jusqu’à un million de personnes potentiellement concernées) et, précisément, l’absence de clause de conscience pour les établissements. C’est sur ce dernier point que la tribune du 28 juillet veut convaincre de faire machine arrière. La décision est attendue au plus tard le 17 août 2026.
Continuons à nous mobiliser par la prière et l’engagement auprès des plus vulnérables.
https ://www.viereligieuse.fr/tribune-pour-les-institutions-de-sante-laissez-nous-soulager-la-souffrance-sans-aider-a-faire-mourir/ (relayée par la Corref, Conférence des Religieux et Religieuses de France).