259 416 avortements en 2025 : nouvelle hausse du nombre d’IVG en France.
Un triste record
259 416 IVG ont été enregistrées en 2025, soit 7 219 de plus qu’en 2024. Le taux de recours atteint 17,8 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans, en hausse de 0,5 point en un an. Depuis 2022, le recours à l’IVG augmente de nouveau à tous les âges.
Les femmes de 20 à 29 ans restent les plus concernées, avec un taux proche de 30 IVG pour 1 000 femmes. L’indice conjoncturel d’avortement atteint désormais 0,63 IVG par femme.
La pratique elle-même s’est profondément transformée : 81 % des IVG sont désormais médicamenteuses et seulement un peu plus de la moitié sont réalisées dans un établissement de santé. L’avortement est ainsi de plus en plus intégré aux soins de ville.
Une IVG pour moins de 2,5 naissances
Ces chiffres prennent une dimension particulière lorsqu’on les rapproche de ceux de la natalité. En 2025, 643 905 enfants sont nés en France, soit 2,3 % de moins qu’en 2024 et 24 % de moins qu’en 2010. C’est le nombre de naissances le plus faible enregistré depuis 1942.
Rapportés aux 259 416 IVG de la même année, ces chiffres représentent environ 40 avortements pour 100 naissances vivantes, soit une IVG pour moins de 2,5 naissances.
L’effet de ciseaux est frappant : les naissances diminuent fortement tandis que les avortements augmentent.
Pourtant, les politiques publiques restent obnubilées par l’accès à l’IVG
Ces nouveaux chiffres sont publiés quelques jours après la présentation de la feuille de route 2026-2030 de la Stratégie nationale de santé sexuelle. ( Une orientation que nous évoquions ici ).
Le ministère de la Santé entend notamment poursuivre l’amélioration de l’accès à l’IVG, fluidifier les parcours, développer l’offre et réduire les disparités territoriales. Une réflexion est également prévue en 2027-2028 sur les délais légaux de recours à l’IVG et sur la clause de conscience spécifique des professionnels de santé.
Pourquoi les IVG augmentent-elles ?
Pourquoi le nombre d’avortements augmente-t-il ? Quelles situations conduisent toujours davantage de femmes à y recourir ? Et quelle réponse pouvons-nous y apporter comme chrétiens ?
Sans prétendre apporter une réponse définitive à ces questions complexes, quelques pistes de réponses peuvent être ébauchées.
Un premier constat est particulièrement révélateur : les grossesses non souhaitées semblent elles-mêmes augmenter.
Selon l’enquête Contexte des sexualités en France, 34,7 % des dernières grossesses survenues au cours des cinq années précédentes étaient considérées comme non souhaitées en 2023, contre 28,9 % en 2016. Chez les femmes âgées de 18 à 29 ans, cette proportion atteint 51,8 %. Les chercheurs relèvent que cette évolution concorde avec la hausse du recours à l’IVG.
La contraception ne suffit pas à tout expliquer
La France est pourtant un pays où la contraception est largement diffusée. Dès 2010, l’Inspection générale des affaires sociales constatait que l’efficacité réelle des méthodes contraceptives est inférieure à leur efficacité théorique, notamment en raison des oublis, erreurs d’utilisation ou méthodes mal adaptées. Elle observait également que le développement de la contraception d’urgence n’avait pas fait diminuer comme espéré le recours à l’avortement.
Le constat montre surtout qu’une politique reposant essentiellement sur l’accès à la contraception ne suffit pas à faire disparaître les grossesses imprévues et les IVG.
Précarité et solitude
Les conditions matérielles et relationnelles jouent également un rôle important. Des travaux de la Drees ont montré que les femmes les plus modestes recouraient davantage à l’IVG que les femmes plus aisées, toutes choses comparables par ailleurs. Le fait de vivre en couple est également associé à une probabilité plus faible d’interrompre une grossesse.
Derrière une IVG peuvent donc peser des réalités très concrètes : fragilité du couple, difficultés financières, logement, études ou emploi. Une grossesse ne survient jamais dans un monde abstrait.
Quand l’enfant doit arriver au « bon moment »
Une transformation plus profonde de notre rapport à la maternité est également documentée depuis plusieurs décennies.
La diffusion de la contraception a permis une maîtrise croissante du calendrier des naissances. Mais elle a aussi installé une norme : une grossesse devrait être prévue.
L’enfant est davantage inscrit dans un calendrier précis : après les études, une fois le couple, le logement ou l’emploi stabilisés. Une grossesse hors de ce calendrier risque alors davantage d’être perçue comme indésirable.
Notre société tolère peut-être de moins en moins facilement la grossesse imprévue.
Savons-nous encore accueillir l’imprévu ?
Dans Evangelium vitae, saint Jean-Paul II rappelle les réalités très concrètes susceptibles de peser sur une femme : pauvreté, angoisse, solitude, violences ou difficultés familiales.
Mais il situe aussi plus profondément la confrontation entre « culture de vie » et « culture de mort » dans « l’éclipse du sens de Dieu et du sens de l’homme ». Lorsque la vie n’est plus reçue comme un don mais envisagée d’abord comme quelque chose à maîtriser, la liberté peut finir par s’arroger le pouvoir de décider quelles vies trouvent leur place.
Sommes-nous encore capables d’accueillir une vie qui n’était pas programmée ?
Lorsque tout doit être planifié et maîtrisé, l’enfant inattendu peut apparaître comme une perturbation du projet personnel.
La vision chrétienne propose une autre perspective : une vie humaine est un don que l’on reçoit.
« Mettre les familles en mesure d’accueillir la vie »
Mais cette vision chrétienne engage aussi directement la société dans son ensemble.
Le 9 janvier dernier, devant le corps diplomatique, Léon XIV a relié la défense de la vie aux conditions concrètes permettant de l’accueillir, particulièrement dans les pays frappés par la chute de la natalité.
Il a appelé à « mettre les familles en mesure d’accueillir et de prendre pleinement soin de la vie naissante », tout en demandant « le soutien effectif et concret de chaque femme afin qu’elle puisse accueillir la vie ».
Léon XIV rappelait également les mots du concile Vatican II, qui range l’avortement parmi les pratiques qualifiées d’« infâmes ».
Défendre la vie ne consiste pas seulement à rappeler l’interdit moral. Cela suppose aussi de rendre possible l’accueil de la vie : présence du père, logement, ressources, poursuite des études, solution de garde, soutien familial et accompagnement.
Rien n’est écrit d’avance
Il existe pourtant des raisons de ne pas céder au fatalisme. D’abord parce que le désir de famille n’a pas disparu : en 2024, les Français estimaient encore à 2,3 le nombre idéal d’enfants.
Ensuite parce qu’une majorité de Français semble souhaiter que la prévention soit davantage explorée.
Dans une enquête Ifop commandée par Alliance VITA en 2025, 65 % des Français estimaient que la société devrait davantage aider les femmes à éviter l’IVG, et 81 % se disaient favorables à une étude publique sur ses causes, ses conditions et ses conséquences.
Des maisons d’accueil, associations et familles montrent aussi qu’une grossesse vécue comme impossible peut parfois être finalement accueillie lorsque la mère est bien accompagnée.
Jean-Paul II voyait déjà dans ces initiatives de véritables « signes d’espérance ». Il avertissait qu’un tableau de la situation qui ne montrerait que les menaces contre la vie conduirait à un « découragement stérile ». Son message allait jusqu’aux femmes ayant elles-mêmes vécu un avortement : dans Evangelium vitae, il reconnaît les pressions qui ont pu peser sur leur décision et leur demande de ne pas renoncer à l’espérance.
Derrière les 259 416 IVG de 2025 se trouvent autant de situations humaines. Comprendre pourquoi elles sont toujours plus nombreuses devrait devenir une priorité collective.
La progression de l’avortement n’a rien d’une fatalité. Soutenir les couples et les familles, ne laisser aucune femme seule face à une grossesse imprévue et redécouvrir toute vie comme un don : c’est là que peut commencer une véritable culture de vie.
Sources :
DREES, Études et Résultats n° 1384, septembre 2026 : chiffres 2025 sur les IVG en France, taux de recours, répartition par âge et évolution des pratiques.
Insee, Les naissances en 2025 : 643 905 naissances, -2,3 % en un an, -24 % depuis 2010, plus bas niveau depuis 1942.
Inserm, Contexte des sexualités en France : santé reproductive : évolution des grossesses non souhaitées, notamment chez les 18-29 ans.
IGAS, La prévention des grossesses non désirées : contraception et contraception d’urgence : efficacité réelle des méthodes contraceptives et limites de la seule réponse contraceptive.
Jean-Paul II, Evangelium vitae : « éclipse du sens de Dieu et du sens de l’homme », « signes d’espérance » et appel à ne pas renoncer à l’espérance.
Léon XIV, Discours au corps diplomatique, 9 janvier 2026 : appel à « mettre les familles en mesure d’accueillir » la vie et à soutenir concrètement les femmes.