IVG : le prince Alois de Liechtenstein bloque la légalisation
Source : Royal Portraits Gallery
Le prince oppose son veto au Parlement
Le texte, issu d’une initiative citoyenne ayant recueilli près de 5 000 signatures, avait été adopté le 2 septembre par le Landtag, le Parlement de cette petite principauté située entre la Suisse et l’Autriche, par 13 voix contre 12.
Mais au Liechtenstein, aucune loi ne peut entrer en vigueur sans la signature du prince, qui dispose donc d’un droit de veto. Alois, qui exerce depuis 2004 les pouvoirs souverains délégués par son père, le prince Hans-Adam II, a fait usage pour la première fois de ce droit.
L’avortement demeure donc interdit, sauf exceptions, notamment en cas de danger grave pour la vie ou la santé de la mère ou de grossesse résultant d’une agression sexuelle. Les médecins pratiquant un avortement illégal encourent des sanctions pénales pouvant aller jusqu’à l’emprisonnement. Depuis 2015, les femmes qui font pratiquer un avortement par un médecin ne sont toutefois plus passibles de sanctions pénales, y compris lorsqu’elles se rendent à l’étranger.
Le prince estime que la réforme ne permet pas de garantir suffisamment « la protection de la vie à naître en tant que bien juridique fondamental ».
Pour le prince Alois, c’est le principe même d’une légalisation de l’avortement pendant les douze premières semaines qui est contraire à la protection de la vie à naître. Dans un entretien accordé le 17 juin au Liechtensteiner Vaterland, il expliquait que la réglementation devait continuer à reposer sur un cadre pénal, assorti d’exceptions précises, car une solution des délais ne prend pas suffisamment en compte la protection de la vie.
Cette position est partagée par l’Église catholique locale. Dès le mois d’août, Mgr Benno Elbs, administrateur apostolique de Vaduz, avait rappelé que « l’enfant à naître possède dès le commencement une dignité propre et inaliénable ». L’évêque avait également remercié la famille princière pour son engagement en faveur de la vie et salué l’action de la Fondation Sophie von Liechtenstein auprès des femmes enceintes et des familles en difficulté.
Le prince souhaite, par ailleurs, renforcer l’information, l’accompagnement et le soutien apportés aux femmes avant, pendant et après leur grossesse.
Une vision qu’il résume ainsi : « Je suis convaincu que de nombreuses personnes partagent le souhait d’aider au mieux les femmes dans des situations difficiles tout en protégeant la vie à naître », a-t-il déclaré.
La décision du prince a cependant suscité de vives protestations. Samedi 24 octobre, quelque 250 personnes, selon la police, ont manifesté dans les rues de Vaduz jusqu’au château princier, à l’appel du comité favorable à la légalisation. Les manifestants dénonçaient une remise en cause du vote parlementaire et réclamaient le droit à l’avortement.
Le petit archipel d’États européens qui résiste encore
En refusant de signer cette loi, le prince Alois s’inscrit dans le sillage du roi Baudouin de Belgique, qui avait refusé, en 1990, de sanctionner la loi dépénalisant l’avortement au nom de sa conscience. Le gouvernement belge avait alors trouvé une parade constitutionnelle pour promulguer le texte sans la signature du souverain.
Plus récemment, en novembre 2025, le prince Albert II de Monaco s’est opposé à une réforme autorisant l’avortement jusqu’à douze semaines, pourtant adoptée par le Conseil national par 19 voix contre 2. Le gouvernement princier avait alors refusé de donner suite à cette proposition de loi. Avec Andorre , Malte et la Pologne, les principautés de Monaco et du Liechtenstein appartiennent à un petit archipel de pays européens qui maintiennent des restrictions importantes à l’avortement.
Lors de sa visite au Liechtenstein en 1985, saint Jean-Paul II avait rappelé l’importance de protéger la vie humaine. Un message auquel Mgr Benno Elbs s’est référé dans sa prise de position sur l’avortement.
Plus de quarante ans plus tard, le pape Léon XIV lançait un appel semblable aux jeunes Européens, lors de sa visite en France. À Metz, le 28 septembre, il les exhortait :
« N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle. »
En moins d’un an, deux princes européens ont ainsi fait obstacle à l’introduction de l’avortement sur demande jusqu’à douze semaines dans leur principauté. Alors que l’IVG semble progresser inexorablement sur le continent, ces décisions montrent que tout n’est pas joué.
Sources
- Cath.ch :
Le prince Alois met son veto à l’autorisation de l’avortement au Liechtenstein
, 22 octobre 2026. - Le Temps :
Le Parlement du Liechtenstein dit oui à une initiative pour l’avortement
, 3 septembre 2026. - Monaco Tribune : I
VG à Monaco : le Gouvernement enterre la proposition de loi
, 27 novembre 2025. - The Guardian :
Liechtenstein prince’s abortion veto dismays campaigners
, 23 octobre 2026.
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