Fin de vie : l'Assemblée nationale vote une 3ème fois pour l’aide à mourir
Les députés votent une troisième fois pour l’aide à mourir
L’Assemblée nationale a adopté, le mardi 30 juin 2026, en nouvelle lecture, la proposition de loi « relative au droit à l’aide à mourir », par 295 voix pour et 232 contre, avec 35 abstentions et 15 députés n’ayant pas pris part au vote. C’est la troisième fois que les députés se prononcent en faveur de ce texte, après une première lecture en mai 2025 (305 voix contre 199) et une deuxième en février 2026 (299 voix contre 226).
On notera que l’écart se resserre : la majorité « pour » recule lecture après lecture (305, puis 299, puis 295), tandis que les voix « contre » progressent (199, 226, 232). Le scrutin est intervenu après une semaine d’examen, du 22 au 27 juin : plus de 1 800 amendements déposés, dont 23 seulement adoptés, dans un hémicycle souvent clairsemé mais traversé de débats vifs. Le texte voté est revenu, pour l’essentiel, à la version déjà adoptée en février.
Un texte très permissif
Tel qu’il ressort de cette lecture, le dispositif ouvrirait l’aide à mourir à toute personne majeure atteinte d’une « affection grave et incurable » engageant le pronostic vital « en phase avancée ou terminale », souffrant de douleurs physiques ou psychologiques réfractaires aux traitements ou jugées insupportables, et apte à exprimer une volonté libre et éclairée. L’auto-administration de la substance létale serait la règle, l’intervention d’un médecin ou d’un infirmier l’exception. Les mots euthanasie et suicide assisté n’apparaissent pas dans le texte.
Derrière une procédure présentée comme strictement encadrée, plusieurs dispositions votées sont très inquiétantes. La notion de « phase avancée » s’est substituée à celle de « moyen terme » sans qu’aucune évaluation du pronostic vital ne lui soit associée : elle est bien plus large que la phase terminale et pourrait concerner des patients vivant encore plusieurs mois, voire des années. À l’article 9, le décès consécutif à l’injection létale est qualifié de « mort naturelle », une formulation qui s’inscrit dans la dérive sémantique mensongère qui avait commencé par présenter le suicide assisté et l’euthanasie comme un soin.
Le texte est par ailleurs attentatoire à la liberté de conscience. Aucune clause de conscience collective n’est reconnue aux établissements : toutes les tentatives d’en insérer une pour les établissements privés se sont soldées par des échecs, au nom du droit à mourir individuel du patient. Un établissement, fût-il porté par une vocation de soin et d’accompagnement, ne pourra donc s’opposer à la pratique en son sein. L’ensemble dessine donc un cadre parmi les plus permissifs au monde, dont les garde-fous, pourtant bien minces, risquent de sauter facilement.
S’y ajoutent des délais de réflexion très courts (deux jours après la décision médicale) et un contrôle exercé a posteriori plutôt qu’a priori, alors que la plupart des législations étrangères imposent des délais plus longs et des vérifications préalables.
Une loi votée au détriment des plus fragiles
Les dispositions de cette nouvelle loi font courir un risque grave aux plus vulnérables. Le texte précise, à l’article 4, qu’« une souffrance psychologique seule ne peut en aucun cas permettre de bénéficier de l’aide à mourir ». Pour autant, les amendements visant à exclure expressément du dispositif les personnes atteintes de maladies psychiatriques, neurodégénératives ou de déficiences intellectuelles ont tous été rejetés. De nombreuses associations, comme la Fondation Lejeune, et des personnalités représentant des personnes handicapées ou atteintes de déficience mentale ont manifesté leur plus vive inquiétude.
Dans une vidéo, qui a fait le tour des réseaux sociaux la veille du vote, mais qui datait déjà de plusieurs semaines, le député et médecin Philippe Juvin a exprimé sans ambiguïté le caractère profondément pernicieux de cette loi qui « va pousser les plus vulnérables vers la sortie. (…) Cette loi c’est une loi votée par des gens riches et bien portants qui ont peur de la déchéance, mais qui s’appliquera aux autres, à ceux qui ne peuvent pas vraiment choisir. »
À l’approche du vote, la Conférence des évêques de France avait appelé les députés à « mesurer la portée de leur décision », rappelant qu’une loi engageant durablement la société et la solidarité entre générations exigeait une véritable écoute, qui n’a pas été au rendez-vous. Les évêques de France avaient appelé à s’unir à une neuvaine de prière pour la vie, du 21 au 29 juin.
Et maintenant ?
Dès le 7 juillet, le Sénat examinera le texte en troisième lecture, lors d’une session extraordinaire ; ayant déjà rejeté l’aide à mourir à deux reprises, la chambre haute devrait logiquement le repousser une nouvelle fois. Mais, en vertu de l’article 45 de la Constitution, c’est l’Assemblée nationale qui aura le dernier mot, lors d’un vote définitif annoncé par le gouvernement pour le 15 juillet 2026, juste avant la pause estivale.
Même si l’écart de voix entre les pour et les contre est significatif, l’érosion progressive de la majorité laisse entrevoir le fait que certains des députés se sont, au moins en partie, laissé gagner par les arguments du respect de la vie. La mobilisation continue : écrivons à nos députés, informons-nous, et continuons à prier pour que notre pays choisisse la vie.
Pour écrire à votre député :
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Pour trouver l’adresse mail de votre député sur le site de l’Assemblée nationale.
Sources :
Conférence des évêques de France, communiqué de la Présidence de la CEF, « Proposition de loi sur la fin de vie : un vote en conscience qui va engager durablement notre société » , 29 juin 2026.
Gènéthique, « Une sorte de triomphe de la liberté au détriment de la protection des plus fragiles : les députés terminent la nouvelle lecture » , 27 juin 2026.
Philippe Juvin, entretien au Journal du Dimanche, « Cette loi sur la fin de vie ne protégera pas les plus fragiles » , 26 mai 2025.
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